Le gabon : Les Premiers Pas de la Nouvelle Nation
Gouvernement du 9 novembre 1960 (Premier gouvernement après l’Indépendance)
Le gouvernement né de la constitution du 19 février 1959 se maintien jusqu’au 9 novembre 1960, date du remaniement qui donnera naissance au premier gouvernement du Gabon indépendant.
- Léon Mba Premier ministre, Chef de l’Etat et Chef du Gouvernement, Garde des sceaux ;
- Firmin N’gondé Ministre délégué à l’Information, au Tourisme et aux Télécommunications ;
- Jean-François Ondo Ministre délégué chargé de la Défense nationale et des archives nationales ;
- Stanislas Migolet Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Nationale, des Communes, de l’Emigration, de l’Immigration et des Etablissements pénitentiaires ;
- Gustave Anguilé Ministre de l’Economie nationale et des Affaires étrangères ;
- François Meye Ministre du Budget et du Trésor ;
- Vincent de Paul Nyonda Ministre des Travaux Publics, de l’Aéronautique civile, des Transports, de l’Hydrologie, de l’Industrie et des Mines
- Léonard Badinga Ministre de la Production Agricole, Forestière, de la Pédologie et de l’Elevage ;
- Yves Evounah Ministre de la Santé Publique, de la Population et des Affaires sociales ;
- Pierre Avaro Ministre de l’Education nationale ;
- Paul-Marie Yembit Ministre de la Fonction Publique et du Travail ;
- Eugène Amogho Ministre de la Jeunesse, des Sports, des Affaires culturelles et Scientifiques.
Le gabon : De la colonisation à l’Autonomie

Des navigateurs portugais découvrirent le Gabon à la fin du XVème siècle,au cours des trois siècles suivants, s’est développé le commerce du bois, de l’ivoire, de l’or et des esclaves contre des produits manufacturés européens. Ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle que les européens commencèrent à s’installer au Gabon.
Le 03 Septembre 1843, le drapeau français flotte sur le Fort d’Aumale. A la fin du siècle, le Gabon et le Congo sont réunis sous la dénomination de « Possession du Congo français et dépendances ». Le premier commissaire général de cet ensemble fut le célèbre Savorgnan De Brazza qui résida à Libreville fondée par Bouët – Willaumez en 1842.
En 1904, le Gabon est séparé du Congo et il est administré par une succession de gouverneurs jusqu’en 1959. A cette date, un Haut-commissaire de France auprès du Gabon administre le pays jusqu’en 1965.
Certains gouverneurs ont marqué l’histoire du Gabon :
- Emile Ventil
- Georges Massar refusa en 1940 de s’allier au Général De Gaulle, chef de la France libre, déclenchant une guerre de trois mois au Gabon, et le conduisant vaincu et humilié, au suicide.
- Le lieutenant colonel Parant, héros de la controverse, fut victime d’un crash aérien en 1941 et d’une injuste réputation de coupeur de bras, bien que l’on reconnu son sens de l’équité, sa bonté, son calme et sa bravoure dans le rôle prépondérant qu’il joua au cours de la seconde guerre mondiale en Afrique équatoriale, notamment au Gabon.
- Yves Digo (1952 – 1958) : appliqua la Loi Cadre de Gestion Défense marquant le début d’une ère nouvelle à la veille de l’indépendance. Il organisa les élections pour l’assemblée territoriale et la mise en place du Conseil de gouvernement. Trois listes s’affrontèrent et donnèrent le résultat suivant à l’Assemblée territoriale :
• L’union démocratique et sociale gabonaise (UDSG) de Jean Hilaire Aubame : 20 conseillers
• Le bloc démocratique gabonais (BDG) de Léon MBA : 8 conseillers
• Les indépendants : 12 conseillers
Mais lors du vote pour la désignation des membres du conseil du gouvernement, Léon MBA est élu vice-président.
En 1958, le Gabon approuve la constitution proposée par le Général De Gaulle : la communauté gabonaise est créée. La République gabonaise est née législative. Le 17 Août 1960, c’est la proclamation de l’indépendance et Jean Risterucci, haut commissaire de France auprès du Gabon devient le premier ambassadeur de France au Gabon.
De l’Autonomie à l’Indépendance
La Constitution française du 4 Octobre 1958
La Constitution française du 4 Octobre 1958 donnait aux Etats africains membres de la Communauté franco-africaine, la possibilité d’évoluer vers l’indépendance. L’article 78 de cette constitution prévoyait le transfert des compétences de la Communauté à l’un de ses membres au moyen d’accords particuliers.
L’article 86 prévoyait même le détachement total de la communauté de l’un des Etats membres pour devenir de facto indépendant. Dans ce cas de figure, la France cessait tout rapport avec cet Etat qui sortait du cadre de la Communauté franco-africaine dans laquelle la France jouait le rôle de mentor.
Ce fût le cas de la Guinée de Sékou Touré qui vota « Non » au référendum du 28 Septembre 1958, instituant le régime de la communauté.La voie vers l’indépendance était tracée pour tous les Etats africains sous domination française, malgré quelques réticences.
Le 20 Mai 1960
Le gouvernement Léon Mba obtint, par un vote de l’Assemblée Législative, le mandat de mener des négociations avec l’ancienne puissance coloniale en vue du transfert des compétences qui devaient conduire l’Etat autonome du Gabon à l’Indépendance, mais en « amitié » avec la France.C’est au mois de Juillet 1960 que la délégation gabonaise conduite par Léon Mba, assisté du Président de l’Assemblée Législative Paul Gondjout et d’hommes politiques et notables dont le Prince Félix Adande-Rapontchombo, Eugène Amogho, André Gustave Anguilè, Pierre Avaro, Jean Aveno Davin, Prince Birinda de Boudieguy, Jean Félix Mba et N’Nah Bie quittent Libreville pour Paris. Au Gabon, le peuple (la classe politique) était en émoie, en attendant le retour de la délégation.A Paris, la délégation gabonaise eu à négocier avec la délégation française conduite par Michel Debré, Premier Ministre du Général de Gaulle.
Les accords devaient consacrer les liens privilégiés entre les deux pays.
Ces accords portaient sur :
- Le transfert à la République Gabonaise des compétences de la communauté.
- La participation de la République Gabonaise symbolisant son attachement indéfectible à l’ancienne puissance tutrice : la France.
- La coopération en matière de défense, d’aide et d’enseignement supérieur.
Ces accords comportaient trois annexes précisant les domaines d’intervention.Après leur paraphe, le 15 Juillet 1960, Michel Dibré et Léon Mba s’échangèrent le jour même des lettres affirmant le caractère péremptoire de ces accords, et la nécessité de leur ratification par leurs gouvernements respectifs.
LA PROCLAMATION DE L’INDEPENDANCE
Le soir du 16 Août, veille de l’Indépendance, à 23h20, Léon Mba, Premier ministre, Chef de l’Etat, et les plénipotentiaires français qui l’accompagnent, dont André Malraux, émissaire du Général de Gaulle, venu transmettre le pouvoir aux autorités gabonaises, Yvon Bourges, Haut Commissaire général de l’A.E.F. et Jean Risterucci Haut Commissaire français au Gabon, sont accueillis à l’Assemblée Nationale par Paul Gondjout, Président de l’Institution. Tous s’immobilisent pour écouter, une dernière fois, « la MARSEILLAISE » en tant qu’hymne du Territoire, jouée par la Garde Républicaine. Tout le ghota politique est là, rassemblée, attendant de suivre les allocutions de cette circonstance exceptionnelle qu’est la proclamation de l’Indépendance. Ces moments d’intense émotion sont rompus avant minuit par la première allocution du Président de l’Assemblée Nationale Paul Gondjout qui ouvre la séance, installé au bureau présidentiel.
Allocution de M. Paul Gondjout, Président de l’Assemblée Nationale (Extraits).
Mesdames, Messieurs,
Je vous ai invités ce soir pour écouter dans l’enceinte de cette Assemblée Nationale, la proclamation solennelle de l’Indépendance de la République Gabonaise.
Messieurs les Ministres,Mesdames,Messieurs,
Le 24 Juillet, voilà donc quelques semaines à peine, en ce même lieu, le parlement français gabonais a, dans un enthousiasme général, acclamé les accords de transfert conclu à Paris le 15 Juillet. Dans quelques minutes sera consacrée la pleine souveraineté de notre République. En cet instant émouvant, nos pensées confondent en nos cœurs, la France, notre grande Patrie et son providentiel représentant, le Général de Gaulle, artisan vénéré de cette œuvre généreuse, la Communauté…… « Savoir se libérer n’est rien, a dit André Gide, l’ardu c’est de savoir être libre ». Certains de nos frères, hélas ! ne le vérifient-ils pas cruellement en ce moment aujourd’hui ?Puissent nos élites naissantes se pénétrer de cette vérité !Puisse l’avenir nous préserver de tout excès !Puissions-nous enfin mesurer avec exactitude, combien la tâche qui s’offre à nous sera difficile !... … A l’adresse de nos amis français et européens du secteur privé, je me permettrai de répéter : « Je ne pense pas que notre accession à ce nouvel état qu’est l’indépendance nuise véritablement à nos rapports ; je ne pense pas qu’il aliènera la moindre parcelle de vos droits et de vos biens ». Bien au contraire, le Gabon dont l’hospitalité est hors pair, accueillera toujours aussi volontiers ceux d’entre nous qui, par leur travail, leurs capacités, leurs capitaux, accepteront de concourir au développement de ce beau pays qui est déjà le vôtre ou qui pourra le devenir… … Cent vingt-et-une années de longue route commune nous ont permis de bien nous connaître. Nous connaissant, nous devons nous entendre. Nous le pouvons…
Discours de André Malraux, Ministre d’Etat chargé de la culture. (Extraits)
Messieurs les présidents,Excellences,Représentants du Peuple Gabonais,
« Bientôt va retentir la salve solennelle qui salue l’Indépendance des peuples, et qui retentira dans la mémoire de vos enfants comme celle qui saluait jadis la naissance des rois. … Voici donc une des plus grandes heures qu’ait connue votre histoire. L’ère coloniale à laquelle vous avez fait allusion, Monsieur le Président, avec une dignité qui n’oubliait ni le souvenir de ce que vous apportèrent les meilleurs des nôtres, ni la fidélité à la douleur, est désormais révolue, et il convient qu’elle soit sans équivoque et sans malentendu. Ni vous ni moi n’avons fait l’histoire du XIXème siècle mais dans la mesure, et vous savez qu’elle est grande, où le Général de Gaulle est venu en AFRIQUE pour y proclamer une charte des droits des Peuples Africains ; il y est revenu pour proposer la Communauté et j’y suis aujourd’hui, en son nom pour y fêter l’Indépendance. Quelle qu’aient été dans le monde entier, et pendant tant d’années, les conditions quelquefois affreuses de l’Histoire, la France peut être fière au moins de cette nuit historique. Pour vous, pour nous, pour le Monde, elle couronne nos rendez-vous de l’histoire et de la Liberté.
(Applaudissements)
Qu’il me soit permis de m’adresser d’abord à vous, Messieurs les Membres du Gouvernement et de l’Assemblée, avant de m’adresser à tous. L’espoir est l’un des mots les plus exaltants de l’Histoire, parce que l’Histoire est faite, entre autre chose, d’une succession de Terres promises. Mais pour que les promesses soient tenues, pour qu’il demeure de l’Indépendance autre chose que le souvenir des jours d’enthousiasme car il existe maintes formes de dépendance, même dans l’indépendance, il n’est qu’un recours : l’Etat… Et ne croyons pas que la forme de l’Etat se confonde avec celle de l’économie… C’est pourquoi je vous souhaite, avec confiance, du plus profond du cœur, l’Etat qui assumera notre espoir, votre espoir… Vous connaissez tous l’insigne de notre drapeau commun où une main africaine serre une main française.
Monsieur le Président,
votre main a toujours été fidèle au Général de Gaulle, elle a même toujours été fidèle à la France et elle y eut parfois quelque mérite.
Donnez-la-moi, devant l’Histoire, je suis heureux que ce soit la vôtre ! Voici l’Indépendance du Gabon et le drapeau vivant de la Communauté » !
Tonnerre d’applaudissements. La foule en liesse lance des « hourra » ; d’autres pleurent de joie. A cette heure fatidique, l’Assemblée mesure le chemin parcourue pour arriver à ces moments historiques. Paul Gondjout rappelle amicalement à l’ordre la foule en liesse tapissant même les parois de la Maison de peuple. Puis le silence se fait.
Léon Mba se lève alors, accompagné d’applaudissements venant de toutes parts, souriant puis l’air plus grave, face aux micros que lui tendent les organes de presse sous la direction de Georges Rawiri à l’époque Directeur- adjoint de radio Gabon. Il s’exprime d’une voix empreinte d’émotions.
Allocution prononcée par Léon Mba, Premier Ministre de la République Gabonaise.
Messieurs les Ministres d’Etat, représentant de la France,
Leurs Excellences,
Chers compatriotes Gabonais d’adoption et gabonais d’origine,
Nous voici au rendez-vous de la parole donnée. Dans un instant, je vais avoir la gloire de proclamer l’Indépendance du Gabon.
Mon cœur, comme celui de tous les Gabonais, est plein de joie et de gravité, maintenant que le Gabon entre dans le concert des nations libres et civilisées.
En ces heures solennelles où notre pays va naître à son nouveau destin, je prie Dieu qu’Il nous accorde la fécondité dans nos ménages, la paix dans nos cités, l’abondance dans nos campagnes, la sagesse et les vertus qui font la force des Nations, c’est-à-dire, l’Union, la Discipline, le Travail et la Justice.
Ma pensée se tourne vers la France amie avec une gratitude profonde. Au Général de Gaulle, champion de l’Homme noir et de la Communauté franco-africaine, je dis merci.
(Applaudissements)
Merci du plus profond de notre âme passionnée de vraie fraternité. Et je vois dans la présence à nos côtés de Monsieur André Malraux, l’illustre Chantre du courage, de la culture et de l’humaine dignité, le présage de la « Voie Royale » où s’engage notre pays.
De Léon MBA à Albert Bernard BONGO

Pendant la période transitaire (de 1957 à 1960), Léon MBA fut successivement vice-président puis président du conseil de gouvernement, enfin premier ministre. Il signa avec la France les accords aboutissant à l’indépendance et devient donc le premier président de la république.
Son directeur de cabinet fut Albert Bernard BONGO et son directeur des services administratifs, Jacques PIGOT.
En février 1964, une tentative de coup d’Etat fut menée par des militaires. Le président Léon MBA est arrêté et transféré Lambaréné. Un gouvernement provisoire issu de l’opposition est mis en place par les militaires. Mes ces institutions illégales sont balayées en 24 heures. En effet dans le cadre des accords de défense liant le Gabon et la France, les forces de la communauté interviennent et Léon MBA est rétabli dans ces fonctions.
Des élections législatives anticipées se déroulent en Avril et sont remportées par le parti présidentiel. Peu après la constitution est modifiée par le parlement de manière à ce que le vice-président Albert Bernard BONGO puisse succéder à Léon MBA en cas de vacance du pouvoir. Ce qui se produit en décembre 1967 suite au décès de Léon MBA.
Léon Mba
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Pauline M'ba |
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Léon Mba[1] (9 février 1902 – 27 novembre 1967) est un homme d'État gabonais, premier président de la République de 1961 à 1967.
Personnage complexe, Léon Mba est un homme aux multiples facettes. Issu d’une famille relativement privilégiée, son instruction lui permet de devenir en 1924 chef de canton. Docile avec ses supérieurs, il se révèle être avec ses administrés un chef tyrannique et manipulateur. Ses extorsions et sa sorcellerie, alors même qu’il est catholique pratiquant, l’amènent finalement à être condamné et exilé en 1931 en Oubangui-Chari. De retour au Gabon en 1946, rien ne le prédestine à une ascension politique fulgurante, d’autant que son engagement aux côtés des communistes et du RDA de Félix Houphouët-Boigny, ne lui vaut guère le soutien de l’administration qui lui préfère le député et résistant Jean-Hilaire Aubame.
La donne change lorsque dans les années 1950, le RDA est lavé de tout soupçon doctrinaire. Son opportunisme et son charisme finissent par séduire les puissants forestiers européens, notamment Roland Bru. Fort de ce soutien, Léon Mba est élu maire de Libreville en 1956, puis parvient à se hisser en 1957 à la tête du Gabon grâce au poste de vice-président du Conseil du gouvernement. Son vœux le plus cher n’est alors pas l’indépendance mais la départementalisation de son pays qu’il se voit refuser par le général de Gaulle. C’est ainsi que contre son gré, il proclame l’indépendance le 17 août 1960 en tant que Premier ministre.
Démocrate en apparence, Léon Mba se révèle dans les faits être un dictateur. Avant même l’indépendance, il opère des arrestations politiques, restreint les libertés individuelles, arrange les élections et promeut un culte autour de sa personnalité. Par ailleurs, un système de corruption généralisée est mis en place par ses amis forestiers. En 1961, alors qu’il est élu président de la République en candidat unique, une nouvelle constitution lui accorde pratiquement tous les pouvoirs. Son rêve est alors l’instauration du monopartisme. Mais en 1964, Mba est renversé par un coup d'État qui amène au pouvoir son opposant démocrate Jean-Hilaire Aubame. La France le ramène militairement au pouvoir et le pays passe alors sous la tutelle directe de Paris. Devenu paranoïaque, sa restauration amène à une radicalisation du régime. Gravement malade, il doit laisser dès 1965 l’exercice du pouvoir à Albert-Bernard Bongo. Réélu président en 1967, il meurt le 27 novembre de la même année.
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Sommaire
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Origines et jeunesse[modifier]
D'origine fang[2], Léon Mba naît le 9 février 1902 à Libreville[3]. Son père, Ysidore Minko-Mi-Edang[4], petit gérant de commerce[3], aurait été un temps le coiffeur de Pierre Savorgnan de Brazza[2]. Sa mère, Louise Bendome, était couturière[2]. Tous deux sont allés à l’école[5] et furent parmi les premiers « couples évolués » de Libreville[6]. En 1909, il entre au séminaire de Libreville pour ses études[2]. Brillant élève, il y obtient son brevet élémentaire[6].
Fangs dans une mission chrétienne au début du XXe siècle.
À partir de 1920, il devient tour à tour employé de magasin, exploitant forestier, commerçant, puis entre dans l’administration coloniale française comme commis des douanes[6]. S’il donne entière satisfaction à ses supérieurs, Léon Mba les inquiète cependant par « son militantisme en faveur de l’homme noir[6] », plus particulièrement en faveur des Fangs. En septembre 1922, il écrit à Edmond Cadier, lieutenant-gouverneur du Gabon :
« Si d’un côté le devoir fondamental d’instruire les Pahouins[7] concorde par su[r]croît avec les intérêts économiques, militaires et même politiques les plus évidents du Gabon, de l’autre côté leur accroissement en dignité humaine et l’augmentation de leur bien-être matériel, demeurent, Monsieur le Gouverneur, la légitimation première de l’autorité française sur eux[8]. »
Ses remarques dérangent, et il en subit les conséquences en décembre 1922[8]. Ayant commis un délit mineur en fournissant à un collègue des documents falsifiés, il est puni d'une peine de prison au lieu d’une simple amende[8]. Il lui est également reproché sa polygamie et son manque de compréhension des mesures d’hygiène[8].
Sous l'administration coloniale[modifier]
Le chef de canton[modifier]
Idoles des Pahouins, des Gallois et de Ivéia.
En 1924[5] (ou 1926[9]), Léon Mba est réhabilité par les autorités coloniales qui le désignent pour remplacer un défunt chef de canton de Libreville[5]. Se revendiquant comme un meneur des jeunes intellectuels de Libreville, il néglige les conseils des anciens Fangs et gagne rapidement une réputation d’homme sévère[5]. Il écrit d’ailleurs dans une lettre :
« Ayant mission de faire respecter l’ordre public et défendre l’intérêt général, je ne souffre pas qu’on transgresse les ordres reçus de l’Autorité que je représente[5]. »
Léon Mba n’a pas une vision idéaliste de son poste ; il le conçoit comme un moyen pour s’enrichir[9]. Ainsi, avec son collègue Ambamany, il utilise le service obligatoire des habitants du canton à des fins personnelles, pour couvrir leurs énormes dépenses[9]. Bien qu’au courant de ces malversations, l’administration coloniale les « ignore[9] ». Toutefois, à partir de 1929, il devient suspect auprès de l’administration qui intercepte une de ses correspondances avec Kouyaté, le secrétaire de la Ligue des droits de l'Homme, accusée d’être une alliée du Kominterm[10]. Malgré cette réputation de pro-communiste, les autorités françaises ne s'opposent pas à sa désignation au poste de chef supérieur de l’Estuaire par ses collègues[10].
Dans ces années, selon toute vraisemblance, Léon Mba prend ses distances avec le christianisme, sans rompre totalement avec sa foi, et devient un adepte de la secte Bwiti[6] à laquelle les Fangs sont tout particulièrement réceptifs[11]. En 1931, la secte est accusée du meurtre d’une femme dont les restes sont découverts près du marché de Libreville[11]. Accusé de complicité, même si sa participation au crime n’est pas prouvée, Léon Mba est destitué[10] et est condamné à trois ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour[6], ne serait-ce que pour les détournements d’impôts et les abus qu’il a commis dans le traitement de la main-d’œuvre locale[10].
L’exil en Oubangui-Chari[modifier]
L'Oubangui-Chari.
En détention en Oubangui-Chari, tout d’abord à Bambari puis à Bria[12], il continue d’exercer une influence chez les Fangs de sa région d’origine grâce à une correspondance avec ses compatriotes à Libreville[13]. Inquiété par cette situation, le gouverneur-général Antonetti ordonne en 1934, qu’à la fin de sa peine carcérale, il soit placé sous surveillance en Oubangui-Chari[13].
De ces années d’exil, il profite pour transcrire les usages coutumiers du peuple Fang dans l’« Essai de droit coutumier pahouin » qu’il publie en 1938, dans le Bulletin de la société des recherches congolaises[14]. Cet ouvrage devient rapidement la référence obligée des juges coutumiers fangs[15]. En 1939, l’ex-chef indigène est toujours persona non grata au Gabon, comme en témoigne cette lettre du chef de département de l’Estuaire, Assier de Pompignan :
« C’est que Léon M’Ba n’était pas seulement le chef qui s’était approprié pour des besoins personnels les deniers de la colonie. Il jouissait aussi aux yeux de ses congénères d’un prestige considérable qu’il tirait des pratiques de sorcellerie auxquelles il s’adonnait. Comme il était intelligent, il exploitait cette situation pour rançonner les gens qu’il avait charge d’administrer et qui le redoutaient ainsi que la camarilla dont il s’était entouré. Mais il savait, par contre, amadouer les représentants de l’autorité, endormir leur vigilance et capter leur confiance. C’est ce qui explique qu’il ait, des années devant, commis toutes sortes d’exactions sans jamais être autrement inquiété[14]. »
Bien qu’en exil, Léon Mba est employé par les administrateurs locaux. Placé dans des fonctions subalternes et n’exerçant aucun pouvoir propre, il est un employé compétent et précieux[16]. Grâce à des rapports élogieux, il est de nouveau perçu comme un élément indigène fiable sur lequel l’administration coloniale peut compter[16]. En 1942, une réduction de peine lui est accordée[12].
L'ascension politique[modifier]
Une personnalité politique locale[modifier]
L'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny
En 1946, il rentre au Gabon où il est triomphalement accueilli par ses amis[12]. S’il ne réintègre pas ses fonctions de chef de canton, il obtient toutefois un poste important dans la maison de commerce anglaise John Holt[12]. Cette même année, il fonde le Comité mixte gabonais (CMG), un parti politique proche du Rassemblement démocratique africain (RDA), le parti interafricain de Félix Houphouët-Boigny[17]. Jouant sur son passé d’ancien exilé, et grâce au réseau du Bwiti, il parvient à rassembler autour de lui les Fangs du sud ainsi que certains Myènè[18]. Son but est alors de conquérir les postes administratifs et judiciaires indigènes[19].
Fort de son succès à Libreville, il aspire, un certain moment, à devenir le chef supérieur de la région comme l’avait réclamé la majorité des notables fangs lors du congrès des chefs de l’ethnie à Mitzic en 1947[20]. Mais il se heurte au refus des autorités coloniales[20]. Bien que le CMG ne soit nullement doctrinaire mais juste opportuniste, Léon Mba, à cause de ses relations avec le RDA affilié au PCF, fait figure de communiste et de propagandiste dans la colonie[21]. Ces soupçons sont confirmés pour les autorités lorsqu’il participe en 1949 au congrès du RDA à Abidjan[21]. Par ailleurs, il est à noter que dès son retour d’exil, il avait participé aux travaux du Groupe d’études communistes de la colonie[22].
En 1951, en même temps que le RDA rompt avec les communistes, Léon Mba, tout en gardant chez son électorat son image de « révolté », se rapproche de l’administration française[23]. Mais cette dernière soutient déjà son principal opposant, le député Jean-Hilaire Aubame qui n’est autre que le fils nourricier de son demi-frère et son ancien protégé[18]. Aux élections législatives du 17 juin 1951, il ne recueille que 11 % des suffrages exprimés tandis que Aubame est réélu[24]. Aux élections territoriales de mars 1952, l’Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG) d’Aubame remporte 14 des 24 sièges contre deux pour le CMG qui reçoit cependant 57 % des suffrages exprimés à Libreville[24].
La conquête du pouvoir et le refus de l'indépendance[modifier]
Isolé à l’Assemblée territoriale, il s’allie avec les colons privés représentés à l’Assemblée[24]. Par ailleurs, en août 1953, le CMG fusionne avec le Parti démocratique gabonais (PDG) de Paul Gondjout pour donner naissance au Bloc démocratique gabonais (BDG) avec Gondjout comme secrétaire général et Mba comme adjoint[25]. Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Léon Mba obtient cette fois-ci 36 % des suffrages contre 47 % pour Aubame[26]. Même s’il n’est pas élu, il devient le leader autochtone du territoire, et certaines personnalités du UDSG passent de son côté[27]. Aux élections municipales de 1956 où les listes présentées sont au collège unique (Africains et Européens confondus), Léon Mba reçoit le soutien financier des colons, et tout particulièrement celui du forestier Roland Bru[28]. Il remporte la mairie de Libreville avec 65,5 % des suffrages, devenant ainsi le 23 novembre, le premier maire de la capitale[29].
Drapeau de la République autonome du Gabon (1959-1960).
Aux élections territoriales de mars 1957, le BDG arrive une nouvelle fois second, avec 16 sièges sur 40 contre 18 pour l’UDSG[30]. Suite à des retournements douteux, le parti de Mba obtient 21 sièges contre 19 pour celui d’Aubame[31]. Mais, faute de majorité absolue, les deux partis sont contraints de présenter, le 21 mai 1957, une liste commune pour l’élection du gouvernement qui se fait au détriment d’Aubame[31]. Le même jour, Léon Mba est nommé vice-président du Conseil du gouvernement[31]. Rapidement, des dissensions apparaissent au sein du gouvernement qui poussent Aubame à faire démissionner ses partisans du gouvernement et à déposer une motion de censure contre le gouvernement[32]. La motion est repoussée par 21 voix contre 19[32]. Face à cette victoire de Mba, de nombreux élus UDSG passent dans la majorité parlementaire, donnant au gouvernement 29 députés sur 40[32]. Bien installé aux affaires, il conforte peu à peu son pouvoir[33].
Après un « oui » massif au référendum sur la Communauté franco-africaine du 28 septembre 1958, le Gabon accède à l’autonomie. En décembre 1958, l’Assemblée vote sa transformation en Assemblée législative, puis promulgue le 19 février 1959 la constitution de la République du Gabon[34]. Le 27 février, Léon Mba est nommé Premier ministre[35]. Pourtant en novembre 1959, il se prononce ouvertement pour la départementalisation du Gabon[36]. Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique de l’Elysée », lui fait comprendre que cette solution est impensable[37]. Mba campe sur cette position jusqu'en février 1960[38]. Il décide par ailleurs d’adopter le drapeau tricolore qui se serait différencié du drapeau français par l’apposition du dessin de l’arbre national, l’aucoumea[37]. Là encore, Foccart refuse[37].
À la tête de la République gabonaise[modifier]
La mise en place du pouvoir personnel (1960-1964)[modifier]
[modifier] Répression, soumission et corruption
Dès juillet 1958, une troisième force politique tente de s’imposer au Gabon : le Parti de l’Unité nationale gabonaise (PUNGA) mené par René Sousatte et Jean-Jacques Boucavel[39]. Après avoir appelé au « non » lors du référendum de 1958[39], le PUNGA organise plusieurs manifestations, soutenues par l’UDSG, afin d'obtenir l’indépendance et la tenue de nouvelles élections législatives[34]. En mars 1960, sachant que l’indépendance est déjà donnée par la France, Mba fait interdire par le Conseil des ministres le PUNGA puisque son objectif avoué est atteint[40]. Puis, il lance un mandat d’arrêt contre René Sousatte sous prétexte qu’il comploterait, et des perquisitions ont lieu au domicile de membres de l’UDSG, soupçonnés de complicité[40]. Intimidés, trois députés UDSG rejoignent la majorité gouvernementale représentant désormais 32 députés sur 40[40]. Les 27 et 28 mai, l’Assemblée adopte une série de lois restreignant les libertés individuelles ; désormais toute réunion publique est sujet à une réglementation, et tout acte considéré comme subversif est répréhensible[40].
Pourtant, Léon Mba aspire à l’instauration d’un régime démocratique, condition nécessaire selon lui au développement et à l’attrait des investissements au Gabon[41]. Il tente ainsi, selon ses conceptions, de concilier les impératifs de la démocratie et la nécessité d’une activité gouvernementale ferme et cohérente[41]. Mais son régime est sujet à de nombreuses dérives. Un culte de la personnalité se développe progressivement autour de celui qu’on appelle désormais « le vieux » ou « le patron[35] » ; des disques chantent ses louanges, des timbres et pagnes sont imprimés à son effigie[35]. Par ailleurs, les scrutins sont organisées de telle manière que le BDG l'emporte forcément, comme en témoignent les élections des « conseils de district » du 19 juin 1960[40].
La situation ne s'arrange guère après que l’indépendance ait été proclamée le 17 août. En septembre suivant, alors que le gouvernement prépare la nouvelle constitution, une opposition opiniâtre contre Mba se profile à l’Assemblée nationale et au sein du parti gouvernemental[42]. Une partie des militants menés par le président de l’Assemblée nationale Paul Gondjout, suivis par les députés UDSG, rejettent le projet gouvernemental de constitution présidentielle[42]. Finalement, le 4 novembre 1960, une constitution de type parlementaire est adoptée[43]. Mis en minorité, le Premier ministre demande l’aide financière de Paris afin d’acheter pour 13 à 15 millions de francs CFA des députés[44].
L’incident clos, Léon Mba décide alors de satisfaire l’opinion publique gabonaise, en renvoyant le 10 novembre les membres européens du gouvernement[45]. Sont concernés : le ministre de l’Intérieur Édouard Duhaut, de la Production forestière Pierre Mariani ainsi que celui de la Santé Maurice Jourdan[45]. Cette décision n’élimine pas pour autant les Européens du pouvoir qui, grâce à un système de corruption généralisée instauré par Roland Bru, gardent leur influence sur les affaires internes du Gabon[44]. En revanche ce remaniement provoque une nouvelle crise au sein de la majorité. Il s'est fait sans consultation du Parlement, ce qui est une violation de la constitution[46]. Paul Gondjout, pourtant allié de Mba, dépose une motion de censure[46]. Gondjout espère sans doute bénéficier d’un partage du pouvoir à son avantage, c’est-à-dire l’instauration d’un parlement fort et d’un Premier ministre disposant de l’exécutif[47]. Outré, Mba réagit de manière répressive. Le 16 novembre, sous prétexte d’un complot, il décrète l’état d’urgence, ordonne illégalement l’internement de huit de ses adversaires au sein du BDG (dont Gondjout) et ce malgré leur immunité parlementaire[46]. Le lendemain, il dissout l’Assemblée nationale[46]. Les électeurs sont appelés à voter de nouveau le 12 février 1961[48].
[modifier] L’« hyperprésident » du Gabon
Entre-temps, le 4 décembre, il est élu au poste de secrétaire général du BDG à la place de Gondjout[49]. Il se tourne vers l’opposition pour renforcer sa position[48]. Il forme avec Aubame une liste d’Union nationale, suffisamment équilibrée pour plaire aux électeurs[50] bienqu'elles se fassent au détriment du leader de l'opposition[51]. Afin d’optimiser au mieux sa victoire, Mba rend le vote obligatoire tandis que le dépôt obligatoire pour chaque candidat est porté à 100 000 francs, décourageant ainsi les candidatures hors de la Liste d’Union[52]. Ainsi, le 12 février, la liste remporte 99,75 % des suffrages[50]. Le même jour, Léon Mba est élu en tant que candidat unique à la présidence de la République gabonaise[51]. Pour le remercier pour son aide, Aubame est nommé ministre des Affaires étrangères à la place d'André Gustave Anguilé[50].
Le 21 février 1961, l'adoption d'une nouvelle constitution instaure un régime qualifié d’« hyperprésidentiel[53] ». Le président de la république, chef du gouvernement, nomme les ministres dont il détermine librement les fonctions et qui ne sont responsables que devant lui seul[54]. Un rapport des services secrets français résume la nouvelle situation de la façon suivante :
« Se voulant et se croyant sincèrement démocrate, au point qu’aucune accusation ne l’irrite davantage que celle d’être un dictateur, il n’en a pas moins eu de cesse qu’il n’ait fait voter une constitution lui accordant pratiquement tous les pouvoirs et réduisant le parlement au rôle d’un décor coûteux que l’on escamote même en cas de besoin[47]. »
Bien que de 1961 à 1963, l’Union nationale permet aux deux rivaux de faire taire leurs querelles[55], un malaise politique naît au sein de la population, d’autant que de nombreux étudiants sont emprisonnés lors de manifestations de contestation[56]. En février 1961, il décrète de nouveau l’internement d’une vingtaine de personnes[49]. Par ailleurs, le président n’hésite pas à se faire justice lui-même[57] ; il frappe, à l’aide d’une chicotte, les citoyens qui lui manquent de respect, notamment les passants qui « oublient » de le saluer[57].
Le 9 février 1963, le président gracie les personnalités arrêtées en novembre 1960[58]. Le 19 du même mois, c’est la rupture avec Aubame[59] ; le ministre des Affaires étrangères refuse d’instituer le monopartisme en sabordant son parti[60]. En réaction à cet affront, tous les ministres UDSG sont démis, à l’exception de François Meye qui se rallie à Mba[59]. Le président explique alors que :
« L’Union nationale n’a pas à être construite, elle existe en fait[58]. »
Souhaitant éloigner de l'arène politique son ancien ministre redevenu son grand rival, il nomme Aubame, le 25 février, président de la Cour suprême[58]. Par la suite, sous le prétexte d’une incompatibilité de fonctions avec celles de parlementaire, Mba réclame sa démission de l’Assemblée[61]. Aubame résout le problème en démissionnant de son poste de président de la Cour suprême, contrariant ainsi les plans de Mba[61]. Face à des rapports tendus entre le gouvernement et l’Assemblée nationale, bien que celle-ci soit acquise à 70 % par le BDG, le président gabonais la dissout le 21 janvier 1964[62]. L’opposition annonce dès lors son refus de participer au futur scrutin qu’elle ne considère pas comme équitable[62].
La tentative de coup d’État du 18 février 1964[modifier]
Officiers français et gabonais.
Dans la nuit du 17 au 18 février 1964, aux environs de cinq heures du matin, 150 militaires gabonais dirigés par les lieutenants Jacques Mombo et Valère Essone, arrêtent le président Léon Mba, le président de l’Assemblée nationale Louis Bigman, et plusieurs ministres[63]. Par la radio, les militaires annoncent au peuple gabonais le coup d’État et demandent à l’assistance technique française de ne pas s’immiscer dans l’affaire[63]. Léon Mba est obligé de prononcer une allocution radiodiffusée où il reconnaît sa défaite :
« Le jour J est arrivé, les injustices ont dépassé la mesure, ce peuple est patient, mais sa patience a des limites… il est arrivé à bout[63]. »
Durant ces évènements, aucun coup de feu n’est tiré[64]. Le peuple ne réagit pas, signe selon les militaires de l’approbation du putsch[64]. Un gouvernement provisoire est constitué, et sa présidence est offerte à son grand rival Jean-Hilaire Aubame[65]. Il n’est composé que de personnalités politiques civiles, provenant aussi bien de l’UDSG que du BDG comme Paul Gondjout[65]. Quant aux putschistes, ils se contentent d’assurer la sécurité civile[65]. D’ailleurs, toute la petite armée gabonaise n’est pas intervenue dans le coup d’État ; encadrée en majorité par des officiers français, elle est restée dans ses casernes[66].
Des instructions sont données pour que Léon Mba soit transféré à Njolé, fief électoral de Aubame[42]. Mais du fait de violentes pluies, le président déchu est amené à Lambaréné[42], à 250 kilomètres de Libreville. Le nouveau chef du gouvernement, Aubame, prend rapidement contact avec l’ambassadeur français, Paul Cousseran, afin de lui assurer que les biens des ressortissants étrangers seront protégés et éviter ainsi toute intervention militaire[67].
Mais à Paris, le général de Gaulle et Jacques Foccart en ont décidé autrement[68]. En effet, Mba était un des plus fidèles alliés de la France en Afrique ; en visite en France en 1961, il avait affirmé :
« Tout Gabonais a deux patries : la France et le Gabon[69]. »
De plus, sous son régime, les Européens jouissaient d’un traitement particulièrement amical[70]. Les autorités françaises décident donc, en conformité avec des accords franco-gabonais signés, de rétablir le gouvernement légal[68]. Toutefois, l’intervention ne peut être déclenchée sans une requête officielle du chef d'État gabonais[67]. Léon Mba étant constitutionnellement « empêché », les Français font appel au vice-président gabonais, Paul Marie Yembit, qui n’avait pas été arrêté[67]. Mais celui-ci reste introuvable ; il est donc décidé de rédiger une lettre anti-datée que Yembit signerait plus tard[71]. Ainsi, dans la nuit du 18 au 19, les troupes françaises de Dakar et Brazzaville débarquent à Libreville et rétablissent Mba au pouvoir[72]. Les combats ont fait un mort du côté français, et 15 à 25 du côté gabonais[72].
Sous la tutelle directe de Paris (1964-1967)[modifier]
[modifier] Restauration, radicalisation et paranoïa
Réinstallé au pouvoir, Léon Mba refuse de considérer que le coup d’État était dirigé contre lui et son régime[73]. Pour lui, il s’agissait d’un complot contre l’État[73]. Rapidement pourtant, des manifestions anti-gouvernementales ont lieu avec des slogans comme « Léon Mba, président des Français ! » ou réclamant la fin de la « dictature[74] ». Elles se solidarisent avec Aubame lorsque le 23 mars, il est inculpé[73]. Bien que certainement innocent des préparatifs du coup d’État, ce dernier est condamné à l’issue d’un procès, à 10 ans de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour[75].
Malgré ces évènements, les élections législatives d’avril 1964, prévues avant le putsch, sont maintenues. L’opposition se voit privée de ses grandes figures, empêchées de participer au scrutin du fait de leur compromission dans le putsch[76]. L’UDSG disparaît de la course électorale et l’opposition n’est composée que de partis sans envergure nationale, défendant la démocratie ou des intérêts régionaux[77]. Cette dernière remporte toutefois, dans un scrutin de liste majoritaire à un tour, 46 % des suffrages et 16 sièges sur 47, tandis que le BDG reçoit 54 % des suffrages et 31 sièges[77]. Mais les signes de fraude sont nombreux et tout laisse à penser que l’opposition aurait dû remporter l’élection[78].
La situation ne s’améliore pas pour autant[79]. Le 8 octobre 1964, l’ambassade américaine à Libreville rapporte que le « ‘règne de terreur’ qui avait débuté vers le 23 septembre continue sans diminuer. Des signes de troubles sont évidents et le peuple manifeste son mécontentement devant les mesures répressives de Mba. Hier, un groupe de prisonniers politiques a été promené nu à travers la ville et publiquement battu avec des clubs de golf et des crosses de fusils. A la session d’ouverture de l’Assemblée, deux députés ont été arrêtés et la police en recherche un troisième[79] ». On assiste ainsi à une radicalisation du régime, Léon Mba ne s'étant jamais remis du putsch[80].
Pour le rassurer, une garde présidentielle, véritable troupe d’élite, est formée par un ancien barbouze français, Bob Maloubier, et cofinancée par les groupes pétroliers français[80]. Ces derniers, installés dans le pays depuis 1957, avaient renforcé leurs intérêts en 1962 après la découverte et l'exploitation des premiers gisements off shore[81]. Le Gabon devint une pièce majeure dans l'approvisionnement pétrolier de la France[81]. Leur influence est telle que le PDG de l'Union générale des pétroles (devenu en 1967 ELF Aquitaine), Pierre Guillaumat, prit part à la décision de l’intervention militaire[81]. D’ailleurs, le pétrolier gaulliste, Guy Ponsaillé, est nommé, par la suite, conseiller politique du président et devient le représentant des entreprises françaises auprès de Mba[80]. Mais le président gabonais a peur ; il reste cloitré dans son palais présidentiel surprotégé[82]. Ponsaillé parvient à le modérer dans ses décisions et le convainc de l’accompagner dans les provinces du pays afin de restaurer son image auprès des Gabonais[80].
Quant aux ambassadeurs français Cousseran et américain Darlington, soupçonnés de sympathie envers Aubame, ils quittent peu de temps après les évènements le Gabon[83]. Le nouvel ambassadeur de France est François Simon de Quirielle, un « diplomate traditionnel », bien décidé à ne pas interférer dans les affaires intérieures gabonaises[84]. Au bout de quelques mois de malentendus, Léon Mba contacte Foccart pour lui dire qu’il ne supporte plus cet ambassadeur :
« Vous vous rendez compte, explose le président gabonais, je reçois de Quirielle pour faire un tour d’horizon avec lui. Je lui demande ce qu’il pense de tel ministre [gabonais], de telle question qui est à l’ordre du jour [de la politique intérieure du Gabon]. Devinez ce qu’il me réplique! Monsieur le président, je suis désolé, les fonctions que j’occupe m’interdisent d’intervenir comme vous me le demandez dans les affaires de votre pays[84]. »
À la suite de cet incident, Foccart fait nommer en mai 1965 à Libreville, « un colonialiste », Maurice Delauney, qui s’installe tel un véritable haut-commissaire[84]. Tous ces Français qui entourent, protègent et conseillent le président, forment ensemble le « clan des Gabonais[85] ». Tous en étroites relations avec Foccart, ils assurent que les intérêts à long terme de la France soient protégés[86]. Les anciens amis de Léon Mba, les forestiers, n’auront alors plus jamais l’influence qu’ils ont pu avoir ; Roland Bru est même invité par Paris, à ne plus retourner au Gabon[86].
[modifier] La succession et la postérité
Dès 1965, les Français cherchent un successeur à Léon Mba, vieillissant et malade[87]. Ils le trouvent en la personne de Albert-Bernard Bongo, jeune chef de cabinet du président[82]. Ce dernier est personnellement « testé » par le général de Gaulle en 1965, lors d’une visite à l’Élysée[88]. Confirmé comme successeur, Bongo est nommé le 24 septembre 1965 ministre délégué à la présidence, mais occupe dans les faits les fonctions d’un Premier ministre[82].
En août 1966, Mba est hospitalisé à Paris et ne retourne plus au Gabon[89]. Malgré son incapacité à gouverner, le président s’accroche au pouvoir ; ce n’est qu’après de longues insistances de Foccart[90], que Mba accepte, le 14 novembre 1966, de nommer Bongo vice-président à la place de Yembit, par un message radiotélévisé, enregistré dans sa chambre de l’hôpital Claude-Bernard à Paris[91]. Une réforme constitutionnelle en février 1967 légitime le dauphin. Les préparatifs de la succession sont finalisés par des élections législatives et présidentielles anticipées, organisées le 19 mars 1967[92]. Aucun opposant n’ose se présenter, Léon Mba est réélu avec 99,90 % des suffrages tandis que le BDG remporte tous les sièges de l’Assemblée[92]. Après s’être déplacé tant bien que mal à l’ambassade du Gabon afin de jurer sur la constitution, Mba décède le 27 novembre 1967 à l’hôpital, des suites de son cancer[90]. Albert-Bernard Bongo lui succède constitutionnellement à la présidence.
En reconnaissance des soins qu'il avait reçus, le président Léon Mba avait souhaité offrir à la France un institut de médecine et d'épidémiologie appliquée[93]. Encastré dans l’hôpital Claude Bernard à Paris[93], cet institut qui porte le nom de fondation Léon Mba est inaugurée en novembre 1971 par Albert-Bernard Bongo[94]. Par ailleurs, sans dresser une liste complète des infrastructures lui rendant hommage au Gabon, nous pouvons néanmoins citer l’aéroport international Léon Mba ou encore le Palais Léon Mba où siègent les députés[95]. Enfin, à l'occasion du 40e anniversaire de la disparition de son prédécesseur, le président Omar Bongo Ondimba a inauguré le 28 novembre 2007 à Libreville le tout nouveau mausolée dédié à la mémoire de celui qui fut son parrain politique[4].
Annexes[modifier]
Bibliographie[modifier]
- Moïse N’Solé Biteghe, Echec aux militaires au Gabon en 1964, Editions Chaka, Collection Afrique contemporaine, 1990 (ISBN 2907768069)
- Florence Bernault, Démocraties ambiguës en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, 1940-1965, Editions Karthala, 1996 (ISBN 2865376362)
- Alexander Keese, « L’évolution du leader indigène aux yeux des administrateurs français : Léon M’Ba et le changement des modalités de participation au pouvoir local au Gabon, 1922-1967 » In Afrique & histoire, 2004, n°2 (ISBN 2864323990)
- Dominique Etoughe, Justice indigène et essor du droit coutumier au Gabon - La contribution de Léon M'ba, 1924-1938, Editions L'Harmattan, 2007 (ISBN 2296044042)
- Pierre-Michel Durand, L’Afrique et les relations franco-américaines des années soixante, Paris, Editions L’Harmattan, 2007 (ISBN 2296046053)
- Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Paris, Nouveau Monde éditions, 2008 (ISBN 2847363858)
Notes et références[modifier]
- ↑ état civil complet : Gabriel Léon Mba (ou M'Ba)
- ↑ a, b, c et d Moïse N’Solé Biteghe. Echec aux militaires au Gabon en 1964. Afrique contemporaine - 1990. p. 24.
- ↑ a et b Florence Bernault. Démocraties ambiguës en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, 1940-1965. Editions Karthala – 1996. p. 215.
- ↑ a et b « Ce qu’il faut retenir du Mémorial » In Le mémorial président Léon Mba [archive]
- ↑ a, b, c, d et e Florence Bernault, op. cit., p. 216.
- ↑ a, b, c, d, e et f Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 25.
- ↑ Dans cette lettre, les Fangs sont nommés Pahouins.
- ↑ a, b, c et d Alexander Keese. « L’évolution du leader indigène aux yeux des administrateurs français : Léon M’Ba et le changement des modalités de participation au pouvoir local au Gabon, 1922-1967 » In Afrique & histoire, 2004, n°2. p. 144.
- ↑ a, b, c et d Alexander Keese, op. cit., p. 145.
- ↑ a, b, c et d Alexander Keese, op. cit., p. 146.
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 218.
- ↑ a, b, c et d Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 26.
- ↑ a et b Alexander Keese, op. cit., p. 147.
- ↑ a et b Alexander Keese, op. cit., p. 148.
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 217.
- ↑ a et b Alexander Keese, op. cit., p. 149.
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 220.
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 222.
- ↑ Alexander Keese, op. cit., p. 150.
- ↑ a et b Alexander Keese, op. cit., p. 151.
- ↑ a et b Alexander Keese, op. cit., p. 153.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 27
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 223.
- ↑ a, b et c Florence Bernault, op. cit., p. 224.
- ↑ Clotaire Messi Me Nang, Fabrice N’Foule Mba et Léon-Modeste Nnang Ndong, Le consensus politique au Gabon, de 1960 à nos jours., Université de Paris I (thèse de doctorat), p.2 [archive]
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 227.
- ↑ Alexander Keese, op. cit., p. 159.
- ↑ Douglas A. Yates, The Rentier State in Africa: Oil Rent Dependency and Neocolonialism in the Republic of Gabon, Trenton, Africa World Press, 1996, p.103
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 228
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 261.
- ↑ a, b et c Florence Bernault, op. cit., p. 262.
- ↑ a, b et c Florence Bernault, op. cit., p. 263.
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 293.
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 294.
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 29.
- ↑ Alexander Keese, op. cit., p. 161.
- ↑ a, b et c Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Paris, Nouveau Monde éditions, 2008, p.76
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 295
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 269.
- ↑ a, b, c, d et e Florence Bernault, op. cit., p. 296.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 35.
- ↑ a, b, c et d Florence Bernault, op. cit., p. 21
- ↑ Clotaire Messi Me Nang, Fabrice N’Foule Mba et Léon-Modeste Nnang Ndong, op. cit., p.3 [archive]
- ↑ a et b Pierre-Michel Durand, L’Afrique et les relations franco-américaines des années soixante, Paris, Editions L’Harmattan, 2007, p.233
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 298
- ↑ a, b, c et d Florence Bernault, op. cit., p. 300.
- ↑ a et b Alexander Keese, op. cit., p. 162.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 41.
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 301.
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 42.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 44.
- ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 304
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 46.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 45.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 52.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 49.
- ↑ a et b Patrick Pesnot, op. cit., p.78
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 54.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 53.
- ↑ Clotaire Messi Me Nang, Fabrice N’Foule Mba et Léon-Modeste Nnang Ndong, op. cit., p.4 [archive]
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 55.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 59.
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 62.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 63.
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 64.
- ↑ Patrick Pesnot, op. cit., p.79
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 19.
- ↑ a et b Patrick Pesnot, op. cit., p.80
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., pp. 23–24.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 23.
- ↑ Patrick Pesnot, op. cit., p.81
- ↑ a et b Florence Bernault, op. cit., p. 19.
- ↑ a, b et c Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 100.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 92.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 104.
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 94.
- ↑ a et b Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 96.
- ↑ Pierre-Michel Durand, op. cit., p. 244
- ↑ a et b Pierre-Michel Durand, op. cit., p. 247
- ↑ a, b, c et d Patrick Pesnot, op. cit., p.84
- ↑ a, b et c Tristan Gaston-Breton, « Pierre Guillaumat, Elf et la Françafrique », Lesechos.fr, 9 août 2006 [archive]
- ↑ a, b et c Patrick Pesnot, op. cit., p.85
- ↑ Moïse N’Solé Biteghe, op. cit., p. 71.
- ↑ a, b et c Foccart parle : Entretiens avec Philippe Gaillard, Tome 1, Paris, Fayard-Jeune Afrique, 1995, p. 277.
- ↑ Patrick Pesnot, op. cit., p.82
- ↑ a et b Pierre-Michel Durand, op. cit., p. 245
- ↑ Jacques Foccart, Journal de l'Élysée, Tome 1 : Tous les soirs avec de Gaulle (1965-1967), Fayard - Jeune Afrique 1997, p. 58.
- ↑ Béchir Ben Yahmed « Bongo par lui-même », Jeune afrique, 17 juillet 2001. [archive]
- ↑ « Accession d'Albert-Bernard Bongo à la présidence du Gabon », World Perspective Monde. [archive]
- ↑ a et b Patrick Pesnot, op. cit., p.86
- ↑ Pierre Biarnes, Si tu vois le margouillat : souvenirs d'Afrique, Éditions L’Harmattan, 2007. p. 173.
- ↑ a et b Pierre Biarnes, Si tu vois le margouillat : souvenirs d'Afrique, p. 174.
- ↑ a et b Le ministère de l'Information, Notes et études documentaires, Paris, La Documentation française, 1970, p.32
- ↑ Centre d'étude d'Afrique noire de Bordeaux, Année africaine 1971, Paris, Éditions A. Pedone, 1972, p.434
- ↑ « Mission et vision » In Le mémorial président Léon Mba [archive]
Liste des Premiers ministres du Gabon
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Premiers ministres gabonais depuis 1957.
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Politique du Gabon
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Politique du Gabon |
Le Gabon est une république à régime semi-présidentiel (Constitution de la République gabonaise, loi N° 3/91 du 26 mars 1991) où le président de la République est le chef de l'État et le Premier ministre celui du gouvernement. Le pouvoir législatif est partagé entre les deux chambres du parlement. Depuis l'accession du président Bongo à la magistrature suprême, le parti majoritaire est le Parti démocratique gabonais.
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Développement politique[modifier]
Le Gabon est devenu une république à régime présidentiel depuis la constitution de 1961 (révisée partiellement en 1975, et totalement en 1991). L'assemblée nationale est composée de 120 députés élus pour une période de cinq ans. Le président de la République est élu au suffrage universel pour une période de sept ans. Il nomme le Premier ministre, le cabinet et trois des membres de la Cour constitutionnelle. Le gouvernement en exercice en 1990 a procédé à d'importantes réformes du système politique. Un projet de constitution fut publié en mai puis complétée par une assemblée constituante. La nouvelle constitution a été adoptée en mars 1991. Elle introduit notamment une liste de droit fondamentaux qui s'inspire des constitutions des États occidentaux, un Conseil national de la démocratie qui doit garantir ces droits, un conseil économique et social et un système judiciaire plus indépendant. Des élections multipartites ont eu lieu en 1990 – 1991, quoique les partis d'opposition n'étaient pas encore formellement légalisés.
Après une période de transition pacifique, les élections aboutissent à la première assemblée nationale multipartite. Les partis d'opposition furent pleinement légalisés en janvier 1991. Le président Bongo, au pouvoir de 1967 à son décès en 2009, est réélu en 1993 au cours d'une élection contestée, avec 51 % des voix. Des perturbations sociales et politiques aboutissent l'année suivante sur la Conférence et les accords de Paris, qui instituent un cadre pour les élections à venir. Les élections locales et législatives sont reportées à 1996 – 1997. En 1997, une révision de la constitution crée un sénat et un poste de vice-président. Omar Bongo est réélu en 1998 avec 66 % des voix face à une opposition divisée, puis le 27 novembre 2005 avec 79,18 % des voix. Les principaux partis d'opposition dénoncent des irrégularités mais les élections ne sont pas suivies d'émeutes comme en 1993. Le président conserve de larges pouvoirs comme celui de dissoudre l'assemblée nationale, déclarer l'état de siège, repousser l'adoption d'une loi, décider d'un référendum ainsi que nommer et renvoyer le Premier ministre et les membres du cabinet ministériel. Il nomme également les gouverneurs des provinces, les préfets et les sous-préfets.
Histoire politique[modifier]
Au moment de l'indépendance en 1960 cohabitent deux grandes formations politiques: le Bloc démocratique gabonais (BDG), présidé par Léon Mba, et l'Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG), présidée par Jean-Hilaire Aubame. Aucun des deux ne remporte la majorité au cours des première élections post-indépendances, organisées alors dans le cadre d'un régime parlementaire. Le BDG obtient le support de trois des quatre députés indépendants et Léon Mba est nommé premier ministre. Les deux partis décidèrent ensuite de présenter une liste commune de candidats. Léon Mba devint président en 1961, sous le nouveau régime présidentiel. Jean-Hilaire Aubame devint quant à lui ministre des Affaires étrangères.
Ce système pluripartite reste en vigueur jusqu'en 1963, lorsque les membres du BDG, majoritaires, forcent les membres de l'UDSG à intégrer le BDG ou à démissionner. Ces derniers présentent leur démission et Léon Mba organise des élections pour 1964 en réduisant par la même occasion le nombre de députés à l'assemblée nationale, qui passe de 67 à 47. L'USDG ne parveint pas à réunir une liste de candidats susceptibles de remplir les critères du décret électoral. Le BDG est sur le point de remporter les élections faute d'adversaires lorsque l'armée dépose le président Léon Mba au cours d'un coup d'État sans effusion de sang, le 18 février 1964. L'armée française rétablit le gouvernement le lendemain. Les élections ont finalement lieu en avril. Le BDG remporte 31 sièges contre 16 pour l'opposition.
À la fin de l'année 1966, une révision de la constitution institue la succession du vice-président au cas où le président viendrait à décéder en fonction. Au mois de mars de l'année suivante, Léon Mba et Albert-Bernard Bongo (qui prendra ultérieurement le prénom d'Omar) sont élus respectivement président et vice-président. Léon Mba décède au cours de l'année et Albert-Bernard Bongo devient président.
En mars 1968, Albert-Bernard Bongo dissout le BDG et établit un parti unique, le Parti démocratique gabonais. Il est élu président en février 1975, puis réélu en décembre 1979 et en novembre 1986. En avril 1975, la charge de vice-président est supprimée et remplacée par celle de Premier ministre, qui n'a pas de prétention à la succession. D'après la constitution de 1991, en cas de mort du président en fonction, le Premier ministre, le président de l'assemblée nationale ainsi que le ministre de la défense se partagent le pouvoir jusqu'à ce qu'une nouvelle élection ait lieu.
Omar Bongo ne parvient pas à étouffer l'opposition au PDG et deux coups d'État sont évités de justesse en septembre 1989. Le mécontentement économique et politique génère de violentes grèves et manifestations chez les étudiants et les ouvriers au début de l'année suivante. Omar Bongo engage des négociations sectorielles qui aboutissent à des concessions salariales significatives et promet d'organiser une conférence nationale en mars – avril 1990 pour discuter des réformes politiques à venir. Le PDG et 74 organisations politiques assistent à la conférence. D'importantes réformes politiques sont adoptées, dont la création d'un sénat national, la décentralisation des finances, la liberté de rassemblement et de la presse et l'abolition du visa de sortie obligatoire. Omar Bongo démissionne de la présidence du PDG et crée un gouvernement transitoire mené par un nouveau Premier ministre, Casimir Oye-Mba. Le Parti social démocrate gabonais (PSD) élabore un projet de constitution qui propose une liste de droits fondamentaux et un système judiciaire indépendant mais laisse de larges pouvoirs au président. Après plusieurs révisions apportées par une assemblée constituante et l'assemblée nationale, la nouvelle constitution entre en vigueur en mars 1991.
Les premières élections législatives multipartites en presque 30 ans ont lieu en septembre – octobre 1990 où le PDG conserve une large majorité. Omar Bongo est réélu président en décembre 1993 avec 51 % des voix mais les candidats de l'opposition refusent de reconnaître le résultat. Des émeutes éclatent et contraignent le gouvernement à entamer des négociations avec l'opposition. Les accords de Paris signés en novembre 1994 incluent plusieurs éléments de l'opposition dans un gouvernement d'unité nationale. Cet arrangement ne résiste pas aux élections législatives de 1996 et 1997. Le PDG est largement victorieux dans les campagnes, mais plusieurs villes importantes, dont Libreville, élisent des membres de l'opposition au cours des élections régionales de 1997. Omar Bongo n'a pas de mal à se faire réélire en décembre 1998, avec 66 % des voix. Ses opposants dénoncent encore une fois un scrutin entaché d'irrégularités. Les observateurs internationaux déclarent que les élections étaient bel et bien représentatives tout en déplorant de sérieux dysfonctionnements administratifs. Contrairement aux élections de 1993, celles de 1998 ne sont pas suivies d'émeutes.
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Pouvoir exécutif[modifier]
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Le président de la République est élu pour sept ans au scrutin universel direct et nomme le Premier ministre. Le Conseil des ministres est nommé par le Premier ministre en concertation avec le président de la République.
Pouvoir législatif[modifier]
Le parlement est composé de deux chambres. L'assemblée nationale compte 120 sièges, dont 111 sont repourvus tous les cinq ans et neuf attribués par le président de la République. Le Sénat compte 91 membres élus pour une période de six ans par les conseillers locaux et départementaux.
Notes[modifier]
Voir aussi[modifier]
Sur les autres projets Wikimedia :
- la politique du Gabon, sur Wikimedia Commons
Bibliographie[modifier]
- Tim Auracher, Le Gabon, une démocratie bloquée ? : reculs et avancées d'une décennie de lutte, L'Harmattan, 2001, 135 p. (ISBN 2-7475-0556-1)
- Dominique Etoughe et Benjamin Ngadi (dir.), Refonder l'État au Gabon : contributions au débat : actes de la table ronde sur le projet de refondation de l'État au Gabon, Paris, 8 juin 2003, L'Harmattan, Paris, etc., 2003, 151 p. (ISBN 2-7475-5227-6)
- Eustache Mandjouhou Yolla, Néo-patrimonialisme, pouvoir personnel et politique étrangère au Gabon, Université Montesquieu-Bordeaux 4, 2002, 2 vol., 530 p. (thèse de doctorat de science politique)
- Fortuné Matsiegui Mboula, L'État et le tribalo-régionalisme au Gabon : de 1990 à nos jours, Université de Picardie, Amiens, 2005, 3 vol. (thèse de doctorat de Sociologie)
- Elikia M'Bokolo, Médiations africaines : Omar Bongo et les défis diplomatiques d'un continent, L'Archipel, Paris, 2009, 410 p. (ISBN 978-2-8098-0165-1)
- Thierry Aristide Midépé, Le vote au Gabon : lecture du processus électoral à travers les élections législatives et présidentielles, 1946-2001, Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, 2008, 2 vol., 514 p. (thèse de doctorat d'histoire contemporaine)
- Wilson-André Ndombet, Renouveau démocratique et pouvoir au Gabon, 1990-1993, Karthala, Paris, 2009, 245 p. (ISBN 978-2-8111-0089-6)
- Jean-François Obiang, France-Gabon : pratiques clientélaires et logiques d'État dans les relations franco-africaines, Karthala, Paris, 2007, 392 p. (ISBN 978-2-84586-819-9) (texte remanié d'une thèse de doctorat de science politique, Université de Paris 1)
Liens externes[modifier]
Histoire du Gabon
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Le Gabon
Les premiers habitants du Gabon, Pygmées puis peuples bantous, ne sont connus que par des légendes.
Avec l'arrivée des navigateurs portugais, au XVe siècle, on commence à disposer de témoignages écrits sur les populations côtières. Pendant trois siècles, la vie du Pongo fut rythmée par la traite des esclaves entre tribus côtières et marchands européens (Portugais et Hollandais, notamment).
Au XIXe siècle, la France occupa progressivement le pays, à partir de l'Estuaire du Gabon et de l'embouchure de l'Ogooué, grâce à l'action d'explorateurs tels que Victor de Compiègne, Alfred Marche, Pierre Savorgnan de Brazza.
Le Gabon fut une colonie de l'Afrique-Équatoriale française jusqu'à son indépendance en 1960. De 1967 à 2009, il est dirigé par un même président, Omar Bongo, qui bénéficie de l'exploitation des diverses ressources naturelles du pays.
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Les anciens Africains[modifier]
Des dessins gravés sur roche près du cap Lopez ont été datés de plus de 8 000 ans. Les premiers habitants du Gabon sont des Pygmées émigrés d'Afrique centrale. Ils en ont été poussés par les migrations bantoues qui, à leur tour, ont peuplé le Gabon du XIe au XIXe siècle. L’Histoire du pays avant l’arrivée des Européens est une panoplie de récits de chasse, de pêche, de cueillette mais aussi d’agriculture et de guerre des différentes ethnies. Les Mpongwés et les Oroungous occupent les côtes tandis que les Loumbous exploitent le sel et que les Akélés et les Nzebis sont connus pour être de hardis chasseurs d’éléphants. Les dernières populations arrivées (au XIXe siècle), les Fang, constituent de nos jours un tiers de la population du pays.
Le travail de l'historien qui veut étudier le Gabon ancien n'est pas facile. Il ne dispose pas de témoignage écrit et les traditions orales des différents peuples ne sont pas faciles à interpréter. Quelle est la part de la réalité et de l'imagination dans le mythe ? À quand remontent les faits évoqués ? L'archéologie n'est pas non plus d'un grand secours dans la mesure où le climat équatorial et la nature des sols ne permettent pas une bonne conservation des restes humains et des traces de leurs activités. Néanmoins, il reste probablement des découvertes à faire.
L’esclavage et la traite[modifier]
Les Portugais furent les premiers Européens à accoster au Gabon, en 1472, sur les bords du Komo. L'estuaire de ce fleuve en forme de caban, un manteau de marin, en portugais gabâo, donna son nom au Gabon. Lopez Gonzalvez, Fernan Vaz, Diego Cam reconnurent le rivage du Gabon. À leur suite, plusieurs autres nations européennes établirent des comptoirs sur les côtes. Des activités commerciales s'y développèrent et aussi bientôt, comme sur les autres côtes occidentales africaines, la traite des noirs mais aussi le commerce de l’ivoire ou du bois d’ébène. Les premiers esclaves capturés par les Portugais, dès le début du XVIe siècle, furent employés dans les plantations de canne à sucre de Sao Tomé avant que le commerce vers l'Amérique ne devienne prépondérant.
À cause des migrations internes en cours, le Gabon était à cette époque sur la voie d'un équilibrage démographique qui fut perturbé par les Européens. Ces derniers, pour alimenter la traite des noirs, capturèrent et achetèrent des esclaves à des chefs côtiers, lesquels essayaient ainsi leur prédominance sur d'autres ethnies de l'intérieur du pays. Ce fut une période faste pour les ethnies côtières comme les Mpongwe et surtout les Oroungou qui se constituèrent un royaume dans les premières décennies du XIXe siècle. Ce commerce perdura, même après son interdiction, jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Pendant cette période, les Européens ne cherchèrent pas à occuper le pays. Ils se contentaient d'avoir des comptoirs permettant à leurs navires de mouiller en sécurité, d'embarquer les esclaves et les marchandises. Quand un pays européen installait un fortin, c'était plus pour se protéger de ses concurrents que pour coloniser la région. À la fin du XVIe siècle, les Hollandais supplantèrent les Portugais. Mais ils eurent un grave différend avec les chefs mpongwés de l'Estuaire qui détruisirent le fortin qu'ils avaient construit dans l'île de Corisco (1601). En 1698, une nouvelle querelle poussa les Hollandais à détruire plusieurs villages mpongwés.
Le royaume de Loango, fief du Manicongo qui s'étendait du Shiloango dans l'actuelle République du Congo à la pointe Kouango, dans l'actuelle province de la Nyanga, fut un grand pourvoyeur d'esclaves. Une partie de ces infortunés était embarquée à bord des navires européens sur le site actuel de Mayumba.
Le centre de ce trafic était l'île de Pongo, du nom des Mpongwés, qui ferme l'embouchure du Como et que les occidentaux nommait Isle du Roi parce que le roi des Mpongwés y siégeait[1]. Par métonymie, toute la région pourvoyeuse correspondant au Gabon actuel était également appelée Pongo sans pour autant avoir été jamais explorée par les navigateurs eux mêmes.
La colonisation française[modifier]
De la conquête à l'indépendance[modifier]
Le roi Denis Rapontchombo et sa femme
C'est à partir du traité signé entre Louis Édouard Bouët-Willaumez et le souverain mpongwè nommé Rapontchombo le 9 février 1839 que les Français étendent progressivement leur influence sur le Gabon : ils créent un poste militaire dans l'estuaire du Komo et la future capitale, Libreville, est fondée par des anciens esclaves libérés d'un navire négrier. La naissance de Libreville (1850) est liée à l'incident du navire négrier brésilien Ilizia. En effet, suite à la capture de ce navire négrier plein d'esclaves, les autorités françaises décident de les regrouper dans un village un peu à l'image de ce qui a eu lieu à Freetown. Ainsi, au départ Libreville, nom choisi pour exprimer la liberté acquise par ces esclaves, est constituée dès le départ de 30 esclaves et constituera le fer de lance du processus d'occupation du territoire gabonais par les Français. À la suite de l'action d'explorateurs tels que le Marquis Victor de Compiègne, son ami Alfred Marche, ou encore Pierre Savorgnan de Brazza, les accords avec les groupes de population intérieure se multiplient ainsi que les missions catholiques. En 1886, le Gabon fait partie intégrante de l'empire colonial français par le décret du 26 juillet.
Voici comment le Bulletin de la Société de Géographie envisageait la présence française au Gabon, en 1889 : « Pour les Européens, il ne saurait être question d’un long séjour dans la Gabonie. Les fatigues, les marches y sont dangereuses. Cette contrée ne peut donc pas devenir une colonie de peuplement ; tout au plus restera-t-elle une colonie de commerce. Actuellement le nombre de Français résidant au Gabon ne dépasse pas le chiffre de cinquante, abstraction faite, bien entendu, des marins et des fonctionnaires. »
La fixation des frontières du Gabon s'est faite progressivement, d'une part à cause de différends avec le Cameroun allemand, puis d'autre part du fait que, dans le cadre de l'Afrique-Équatoriale française, le Gabon a d'abord été rattaché au Congo français dont Libreville a été la capitale avant de céder la place à Brazzaville en 1910.
La population du Gabon travaille pour la puissance coloniale afin d'exploiter principalement ses ressources forestières. Lors de la construction de la ligne de chemin de fer Congo-Océan, les conditions de travail sont si dures qu'elles provoquent les premières grandes révoltes. Vient ensuite l'exploitation minière qui fut la cause du va-et-vient de la province du Haut-Ogooué entre le Congo et le Gabon en 1925 et 1946.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Gabon se range du côté de la France libre après des affrontements entre colons Gaullistes et vichystes, pendant la bataille du Gabon. En 1946 le pays devient un territoire français d'outre-mer dans le cadre de l’union française et envoie des députés à L’Assemblée nationale en France. En 1958, le Gabon devient une république autonome, et Léon Mba en est élu président.
En octobre 1958, la Communauté française étant nouvellement créée, le Conseil de gouvernement du Gabon, s'appuyant sur l'article 76 de la Constitution, demanda à devenir un département français. Léon Mba, président du Gabon, chargea Louis Sanmarco de présenter la demande auprès du gouvernement métropolitain. Reçu à Paris par le ministre de l'Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, Louis Sanmarco reçut cette réponse sans ambiguïté : " Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête ? N’avons-nous pas assez des Antilles ? Allez, indépendance comme tout le monde !"[2]
La réponse du ministre Cornut-Gentille reflétait la pensée du général de Gaulle, qui confia à Alain Peyrefitte : "Nous ne pouvons pas tenir à bout de bras cette population prolifique comme des lapins (…). Nos comptoirs, nos escales, nos petits territoires d’outre-mer, ça va, ce sont des poussières. Le reste est trop lourd"[3]. Le général de Gaulle s'expliqua en ces termes sur l'"affaire gabonaise" : " Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut". [4]
Dans Le Colonisateur colonisé, Louis Sanmarco explique : "Ce fut pour moi un vrai désastre, la fin des illusions, l’effondrement de tout ce qui avait été le support intellectuel de toute ma carrière, de toute ma vie. J’étais trop abattu, trop discipliné aussi, pour réagir comme j’aurais dû, faire appel de la décision du ministre au général de Gaulle ou à l’opinion elle-même, démissionner avec éclat, que sais-je ? J’avais cru, avec l’adhésion des Africains, atteindre l’apogée de ma carrière, et j’étais dans le trou, désavoué par une métropole qui ne voulait ni de la gloire que lui apportait cette adhésion ni des efforts qu’elle exigeait. À partir de là, comme gouverneur, je ne fis plus que me survivre, et il faudra que j’entame une deuxième carrière pour retrouver mon tonus. Qu’on m’imagine retournant à Libreville pour expliquer au Conseil de gouvernement que la solution souhaitée par la France c’était l’indépendance et non pas le département ! Je n’étais pas fier, et Léon Mba m’en voulut d’avoir échoué. Il avait raison."[5]
L'administration coloniale[modifier]
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- Charles Noufflard (1906-1907). — Né à Louviers (département de l'Eure, France) où il exploita une usine d'apprêt de draps, Charles Noufflard (1872-1952) était en 1905 secrétaire général des colonies, et exerçait la fonction de lieutenant-gouverneur par intérim du Gabon. Amené à intervenir pour réprimer une révolte des Noirs qui avaient tué un collecteur d'impôts, il se rendit alors sur les lieux, sans escorte militaire, parlementa avec les mutins, et finit par les apaiser[6]. Charles Noufflard devint gouverneur du Gabon de 1906 à 1907[7]. Il devint par la suite gouverneur au Congo, aux Nouvelles-Hébrides, au Dahomey (aujourd'hui le Bénin) et au Togo.
Les premiers temps de l'indépendance[modifier]
Le Gabon devint indépendant le 17 août 1960 et en 1961 Léon Mba, soutenu par Charles de Gaulle[8], fut élu président de la République indépendante. Mais la monnaie nationale est fabriquée par la France qui en fixe aussi la valeur.
Le 17 août est devenu la date de la fête nationale du Gabon, qui commémore ainsi la proclamation de l'indépendance du pays par Léon Mba et son accession à la souveraineté internationale, après plus de cinquante ans de colonisation française.
En 1964, Mba essaie d’arranger les élections pour se maintenir au pouvoir. Le 18 février 1964 il fut déposé par l’armée gabonaise et confie le pouvoir à son opposant civil Jean-Hilaire Aubanne. Le 19 août 1964, l'armée française intervient pour remettre Mba au pouvoir. En 1967 il mourut d'un cancer en France et fut remplacé par Albert Bernard Bongo, directeur de cabinet de Mba soutenu par Jacques Foccart, en charge de la cellule africaine de l'Élysée [8]. Pour assurer la transition, le SDECE fait enregistrer à Mba, alors agonisant, un message radio désignant Bongo comme vice-président [9].
Bongo qui avait fait son service militaire dans l’armée française, au temps des colonies, qui avait par la suite aussi travaillé pour les services secrets français fut en fait jugé par les experts politiques français, comme celui qui serait le plus apte à défendre les intérêts économiques de celle-ci. En janvier 1968, Bongo est reçu par de Gaulle à l'Elysée [8], qu'il avait déjà visité en 1965[9].
L’ère Bongo[modifier]
Le 12 mars 1968, ce dernier instaura le monopartisme avec la création du Parti démocratique gabonais. À partir de ce moment et pour une vingtaine d'années, les activités de l'opposition furent cantonnées à l'étranger. L'économie se développa autour de l'exploitation forestière (okoumé), minière (manganèse, uranium) et surtout pétrolière (Elf, sous la présidence de Giscard[8]). Bongo est reçu à l'Elysée par le président Georges Pompidou[8]. En 1973, il se convertit à l'islam et prend pour prénom Omar, ce qui facilite l'adhésion du Gabon, l'année suivante, à l'Opep [8]. L'exemple de développement d'infrastructures le plus marquant fut le Transgabonais. L'État fortement centralisé assurait, comme aujourd'hui, l'essentiel de l'emploi national grâce à la rente pétrolière. En 1977, André Tarallo devient président d'Elf-Gabon; il sera condamné en 2005 à sept ans de prison pour abus de biens sociaux[8].
À la fin des années 1980, la chute du cours du pétrole plongea le Gabon dans une grave crise économique dont il n'est toujours pas sorti. Bongo est reçu à nouveau à l'Elysée, en 1984, par François Mitterrand[8]. Les revendications sociales et politiques se multiplièrent. Une conférence nationale pour refonder le pays fut ouverte en 1990.
Cette conférence nationale rétablit le pluripartisme, mais depuis toutes les élections furent gagnées par le PDG et contestées par l'opposition. Le changement le plus notable depuis cette démocratisation fut la multiplication des partis qui n'accèdent que peu au pouvoir et la floraison de journaux d'opposition difficilement viables. Le quotidien des gabonais n'a pas lui beaucoup évolué, la situation économique se dégradant même vu que le secteur public se réduit sous la pression des bailleurs de fond (FMI, Banque mondiale) alors que le secteur privé peine à se développer. Le président Jacques Chirac se rend à Libreville en 1996, en pleine affaire Elf[8]. Au centre de l'affaire, la Fiba (French International Bank of Africa), qui appartenait à Elf, à la famille Bongo et à la République du Congo[8], et avait été créée en 1965 avec René Plas, gouverneur de la Banque européenne d'investissement et membre de la Grande Loge de France[9], avec deux autres banques (la Banque du Gabon et du Luxembourg (BGL) à Libreville et la Société internationale de banque[9]. La Fiba est dirigée par Pierre Houdray et Jack Sigolet, qui travaillent tous deux chez Elf[9].
La situation ne semble pas favorable à une alternance vu que Omar Bongo a été réélu lors élections présidentielles de 2005 (depuis 2004, Omar Bongo a ajouté à son nom celui de son père, Ondimba).
Cependant, son décès survenu le 7 juin 2009, laisse un certain vide politique qui ne tardera pas à alimenter une lutte pour sa succession.
Le 30 août 2009, Ali Bongo Ondimba, ministre de la Défense et fils d'Omar Bongo Ondimba, est élu avec 41,79 % des suffrages exprimés, soit environ 141 000 voix sur un total de 800 000 électeurs inscrits. Il devance Pierre Mamboundou, crédité de 25,64 % des voix[10].
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Voir aussi[modifier]
Bibliographie[modifier]
- (en) David E. Gardinier et Douglas A. Yates, Historical dictionary of Gabon, Scarecrow Press, Lanham, Md., 2006 (3e éd.), LXVII-455 p. (ISBN 978-0-8108-4918-1)
- (fr) Nicolas Metegue N'Nah, Histoire du Gabon : des origines à l'aube du XXIe siècle, L'Harmattan, Paris, etc., 2006, 366 p. (ISBN 2-296-01175-6)
Notes et références[modifier]
Sur les autres projets Wikimedia :
- Histoire du Gabon, sur Wikimedia Commons
- ↑ A. A. Bruzen de la Martinière, Le Grand Dictionnaire Géographique et Critique, t. 4, I, p. 7, C. van Lom & P. de Hondt, La Haye, 1732.
- ↑ Le colonisateur colonisé de Louis Sanmarco, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, p. 211. Voir également Entretiens sur les non-dits de la décolonisation, de Samuel Mbajum et Louis Sanmarco, Ed. de l’Officine, 2007, p. 64.
- ↑ Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte, in C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 59.
- ↑ C'était de Gaulle, t. 2, pp. 457-458. Voir également Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine d'Alexandre Gerbi, Ed. L'Harmattan, 2006
- ↑ Louis Sanmarco, Le colonisateur colonisé, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, pp. 210-211. Lire également l'article d'Alexandre Gerbi, Aux origines du mal ou L'Affaire gabonaise (1958) : http://fusionnisme.blogspot.com/2008/10/alors-que-la-marseillaise-t-une.html [archive]
- ↑ D'après un article paru dans (fr) L'industriel de Louviers, journal de l'arrondissement de Louviers, 20e année, n°18, 8 mars 1905
- ↑ (fr) Sources de l'histoire de l'Afrique au sud du Sahara dans les archives et bibliothèques françaises — I Archives, Inter documentation company, s.l., s.d.
- ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Zyneb Drief, Bongo et la France : quarante ans de mauvais coups [archive], Rue 89 (avec l'INA), 27 juillet 2007, mise à jour le 8 juin 2009
- ↑ a, b, c, d et e David Servenay, La mort d'Omar Bongo, pilier de la Françafrique [archive], Rue 89, 8 juin 2009
- ↑ [1] [archive] lemonde.fr du 13 oct. 2009
3. Évolution depuis l'indépendance
La mise en place des nouvelles institutions fut difficile. Une première Constitution instituant un régime parlementaire fut adoptée le 4 novembre 1960 par l'Assemblée nationale contre l'avis du Premier ministre et chef de l'État par intérim Léon Mba, partisan du régime présidentiel, qui refusa de l'appliquer, ce qui provoqua le mécontentement des députés. Ceux-ci préparèrent alors une motion de censure. Mais Léon Mba fit arrêter le président de l'Assemblée nationale, Paul-Marie Gondjout, et d'autres députés. Fragilisé par ces arrestations des membres de son propre parti, Léon Mba se rapprocha du leader de l'opposition, Jean-Hilaire Aubame, pour négocier une entente. Celle-ci, très vite conclue, prit le nom d'« Union nationale ». Elle regroupa le B.D.G., l'U.D.S.G. et le P.U.N.GA Sous ses auspices furent élus, le 12 février 1961, le premier président de la République gabonaise − en l'occurrence, Léon Mba −, et une nouvelle Assemblée qui, aussitôt, adopta une nouvelle Constitution dotant le Gabon d'un régime de type présidentiel. Le 21 février 1961 fut formé un gouvernement d'union nationale. Mais Léon Mba voulant imposer le B.D.G. comme parti unique, l'expérience d'union nationale prit fin le 19 février 1963, avec l'éviction de l'opposition du gouvernement. Dès lors, le climat politique se dégrada. Le 21 janvier 1964, l'Assemblée fut dissoute. Les législatives, fixées au 23 février 1964, ne purent avoir lieu car, dans la nuit du 17 au 18 février, l'armée prit le pouvoir. Mais, dès le lendemain, l'armée française intervint et rétablit Léon Mba dans ses fonctions. Secoué par le coup d'État et miné par la maladie, ce dernier mourut le 28 novembre 1967. Comme le stipulait la Constitution, révisée à dessein le 17 février 1967, le vice-président Bongo lui succéda le 2 décembre 1967.
Dès le 13 mars 1968, le nouveau président créa un parti unique dénommé Parti démocratique gabonais, qui abolit toutes les libertés démocratiques. À partir de 1973, […]











